Il fallait s’y attendre : l’intelligence artificielle est entrée de plain-pied dans l’espace aérien. Depuis quelques semaines, dans les centres de contrôle régional de Nav Canada, l’IA a pris la forme d’un « jumeau numérique », une sorte d’assistant virtuel capable d’appuyer et d’accompagner les contrôleurs aériens.
Ce jumeau numérique est doté d’immenses capacités de calcul. Il est ainsi en mesure de prévoir à quoi ressemblera, une journée à l’avance, l’espace aérien canadien.
« C’est un outil de planification stratégique qui prévoit le trafic aérien en route jusqu'à 30 heures à l'avance »
explique Maryam Amini, de Nav Canada
Pratique quand vient le temps de faire les horaires du personnel présent en chair et en os dans les centres de contrôle aérien.
Concrètement, le jumeau DT-SPO est en mesure de prévoir les horaires des avions, de déterminer les trajectoires de vols, et d’anticiper les changements d’altitude et, d’espacement.
« Ces renseignements nous permettent de déterminer les niveaux de dotation [en personnel] appropriés pour gérer en toute sécurité et efficacité les volumes de trafic prévus, explique Nav Canada en entrevue avec Propelia. Nous gagnons en efficacité dans la planification des ressources, ce qui favorise à la fois la gestion de la sécurité et l'excellence de nos services. »

Prévoir le lendemain... et trouver des solutions
En termes simples, le jumeau numérique de Nav Canada ne fait pas que prédire l’avenir aux gestionnaires aériens : il aide aussi à trouver des solutions quand cet avenir devient un peu trop compliqué à gérer.
« Par exemple, le jumeau numérique permet la planification de l'espace aérien en offrant la possibilité d'évaluer plusieurs scénarios de conception en comparant leur impact sur les flux de trafic et la charge de travail des contrôleurs », nous mentionne Maryam Amini.
Il faut dire que l’espace aérien canadien, avec ses 18 millions de kilomètres carrés et ses 9 000 vols quotidiens, n’est pas simple à surveiller. Le DT-SPO était dans les plans de Nav Canada depuis 2020.
Ces derniers mois, il a été implanté au centre de contrôle de Toronto. Puis à Winnipeg, Edmonton, Vancouver, Montréal, Moncton et enfin Gander.
Un jumeau qui doit passer le test
Aussi performant qu’il puisse l’être, le jumeau numérique est soumis à des tests. Nav Canada le surveille de près en mettant, côte à côte, les prévisions de l’IA… et la situation réellement vécue par les contrôleurs « humains ».
« Dans l'analyse post-opérationnelle, précise Nav Canada, le DT-SPO nous permet de comparer le trafic et les charges de travail prévus et réels dans les centres de contrôle régionaux. Ces observations contribuent à l’amélioration continue de nos modèles de prévision et de sectorisation de l'espace aérien, renforçant ainsi la précision des prévisions au fil du temps. »
Cette innovation technologique a même permis à Nav Canada de se distinguer récemment aux Air Traffic Management Awards, au mois de mai dernier.
Remplacer le contrôleur humain?
Difficile de ne pas se poser la question : le métier de contrôleur aérien, posté devant son écran ou dans sa tour de contrôle, est-il voué à disparaître un jour ou l’autre? Nav Canada se fait rassurant.
« L’automatisation doit être conçues de manière à soutenir les opérateurs humains »
nous répond Maryam Amini
Nav Canada affirme vouloir doter ses équipes « des meilleurs outils d'aide à la décision, en veillant à ce que la technologie renforce le jugement humain plutôt que de le remplacer. »
À court terme, le jumeau numérique intégrera de nouvelles données dans sa boule de cristal : les facteurs météorologiques.
Et ce n’est que le début.



