Dans un contexte marqué par la fragmentation géopolitique, la montée des menaces hybrides et l’intensification de la compétition technologique entre puissances, les budgets de défense connaissent une croissance soutenue dans la plupart des économies avancées. Ces dépenses sont généralement analysées comme une réponse aux impératifs de sécurité nationale. Toutefois, une telle lecture reste incomplète. L’histoire économique et technologique montre que les dépenses militaires ne sont pas seulement des instruments de protection, mais qu’elles constituent également des leviers puissants de structuration industrielle et d’innovation.
De nombreuses ruptures technologiques majeures — le radar, les moteurs à réaction, le GPS, l’Internet, les matériaux composites, l’avionique numérique, l’intelligence artificielle embarquée — ont été développées ou fortement accélérées dans des contextes de financement militaire avant d’être diffusées vers les marchés civils. Aujourd’hui, la frontière entre technologies civiles et militaires devient de plus en plus perméable, en particulier dans les secteurs à forte intensité de connaissances tels que l’aéronautique, la cybersécurité, les systèmes embarqués et l’analyse avancée de données.
Cet article défend l’idée que l’approvisionnement de défense doit être analysé comme un instrument implicite mais déterminant de la politique industrielle. À partir du cas canadien, et plus spécifiquement celui de la plateforme Bombardier Global 6500 et du programme d’acquisition d’avions AEW par l’Aviation royale canadienne, nous montrons que les décisions d’achat public ne sont pas neutres : elles structurent durablement les écosystèmes industriels, les compétences, les chaînes de valeur et la capacité d’innovation nationale.
La question de recherche est donc la suivante : dans quelle mesure les achats publics en matière de défense peuvent-ils constituer un levier structurant de développement économique et industriel pour les secteurs stratégiques, et comment cette dynamique s’observe-t-elle dans le cas de l’aéronautique canadienne?
Défense, innovation et politique industrielle
La littérature académique permet de conceptualiser l’approvisionnement militaire comme un mécanisme structurant de l’innovation et de la compétitivité nationale.
Les travaux sur l’« État entrepreneur » (Mazzucato, 2013) montrent que l’État joue historiquement un rôle central dans la prise de risque technologique, en finançant des trajectoires d’innovation radicales que le secteur privé n’assumerait pas seul. Dans cette perspective, les grands programmes militaires constituent un levier privilégié de structuration de marchés technologiques émergents.
Ruttan (2006) démontre que les principales vagues d’innovation du XXe siècle — aéronautique, électronique, informatique — sont étroitement liées aux investissements militaires, qui agissent comme mécanisme de création de marchés et d’accélération de la maturation technologique. La défense agit alors comme un « client de lancement » capable de soutenir des technologies encore immatures jusqu’à leur diffusion industrielle.
Les travaux sur l’innovation orientée par la demande (Edler & Georghiou, 2007) soulignent le rôle stratégique de l’approvisionnement public comme instrument de politique d’innovation. Les achats publics permettent de créer des signaux de marché, de structurer des écosystèmes et de réduire l’incertitude pour les entreprises innovantes.
Enfin, la littérature en économie de la défense (Hartley, 2011; Dunne & Sköns, 2011) met en évidence que les dépenses militaires, lorsqu’elles sont intégrées dans une stratégie industrielle cohérente, peuvent générer des externalités positives majeures : emplois hautement qualifiés, montée en compétences technologiques, exportations, autonomie stratégique.
Ce cadre théorique conduit à considérer l’approvisionnement militaire non comme une dépense neutre, mais comme un choix structurant de politique industrielle à long terme.
Méthodologie
L’article adopte une approche qualitative fondée sur une étude de cas approfondie (Yin, 2018) appliquée au secteur aéronautique canadien. Cette méthode est particulièrement pertinente pour analyser des phénomènes complexes, institutionnels et fortement contextualisés tels que l’interaction entre politiques publiques, stratégies industrielles et dynamiques d’innovation.
Le matériau empirique mobilisé repose sur :
- l’analyse documentaire de rapports publics, d’articles spécialisés et de communiqués institutionnels;
- la mise en pratique de l’article de Craig Hoyle (2025) publié dans FlightGlobal portant sur les conversions militaires de jets d’affaires;
- l’analyse de documents sectoriels et d’informations détaillées relatives au programme AEW canadien, aux solutions industrielles disponibles et aux dynamiques concurrentielles internationales;
- une mise en perspective avec la littérature académique.
L’objectif n’est pas de produire une généralisation statistique, mais une généralisation analytique permettant de mieux comprendre le rôle structurant des choix d’approvisionnement dans un contexte industriel avancé.
Les conversions militaires de jets d’affaires : un marché structurant
L’analyse publiée par Craig Hoyle (2025) dans FlightGlobal met en évidence une tendance non négligeable : les fabricants de jets d’affaires long-courrier font face à une demande croissante de la part des forces armées pour adapter leurs plateformes à des missions spéciales.
Les plateformes telles que le Bombardier Global 6000/6500, le Gulfstream G550 ou le Dassault Falcon 8X sont aujourd’hui utilisées pour des missions critiques telles que :
- la détection et le contrôle aéroportés (AEW&C);
- la surveillance et reconnaissance (ISR);
- le renseignement électromagnétique (SIGINT);
- la guerre électronique (EW).
Défense et aéronautique : une relation structurelle historiquement établie
Le secteur aéronautique illustre de manière paradigmatique l’interdépendance entre innovation militaire et développement industriel. Les moteurs à réaction, le radar embarqué, les commandes de vol électriques (fly-by-wire, ou FBW en anglais), les systèmes de communication sécurisés, les matériaux composites avancés, la simulation numérique ou encore l’avionique intégrée sont autant d’innovations issues, en tout ou en partie, de programmes militaires.
Aujourd’hui, cette dynamique se prolonge à travers le développement de plateformes dites « duales », conçues pour être adaptées à des usages civils ainsi que militaires. Les avions d’affaires long-courrier sont exemplaires de cette hybridation. Conçus initialement pour le transport civil haut de gamme, ils deviennent des plateformes de choix pour des missions militaires spécialisées à très forte valeur ajoutée.
Ce phénomène traduit une transformation profonde des modèles industriels : les plateformes civiles ne sont plus seulement des produits finis, mais deviennent des architectures technologiques ouvertes auxquelles se greffent des écosystèmes de capteurs, de logiciels, de systèmes de mission et de services à haute intensité de connaissances.

Le système GlobalEye développé par Saab sur la base du Bombardier Global 6000/6500 illustre parfaitement cette dynamique. Sélectionné par les Émirats arabes unis, la Suède et récemment la France, il démontre qu’une plateforme civile canadienne est devenue un élément central des capacités militaires stratégiques européennes et internationales.
Sur le plan économique, ces programmes produisent plusieurs effets structurants :
- prolongation du cycle de vie industriel des plateformes civiles;
- mobilisation d’activités à très haute intensité de connaissances (ingénierie système, intégration, logiciels, certification);
- consolidation des chaînes de valeur nationales;
- positionnement stratégique sur les marchés d’exportation.
Ainsi, le marché militaire apparaît comme un prolongement stratégique du marché civil et contribue directement à la compétitivité globale de l’écosystème industriel.
L’opportunité stratégique du programme AEW canadien
Le Canada dispose d’un secteur aéronautique parmi les plus développés au monde, concentré principalement au Québec et en Ontario, avec des acteurs structurants tels que Bombardier, Airbus Canada, Pratt & Whitney Canada, CAE et un réseau dense de PME hautement spécialisées.
L’Aviation royale canadienne prévoit actuellement l’acquisition de huit avions AEW, avec une capacité opérationnelle initiale attendue autour de 2035. Or, plusieurs éléments suggèrent qu’une accélération stratégique du programme est possible.
La plateforme Bombardier Global 6500, assemblée au Canada et intégrée à une chaîne d’approvisionnement nationale à forte valeur ajoutée, constitue aujourd’hui la base de deux solutions crédibles :
- la solution GlobalEye développée avec Saab, déjà opérationnelle;
- une solution avec L3Harris fondée sur l’adaptation de systèmes déjà éprouvés.
Le GlobalEye est une solution mature, livrable d’ici quelques années, déjà sélectionnée par plusieurs forces aériennes. La solution de L3 avec avion Global 6500 a été choisie par la Corée du Sud pour son programme AEW à l’automne dernier. À l’inverse, la plateforme concurrente Boeing E-7 fait face à des difficultés techniques, budgétaires et politiques dans plusieurs pays, ce qui renforce la crédibilité stratégique du Global 6500.
Au-delà de la capacité militaire, le choix de la plateforme constitue un acte structurant pour l’économie nationale. Une sélection rapide permettrait de :
- consolider durablement les compétences nationales en ingénierie avancée;
- soutenir l’emploi hautement qualifié;
- positionner le Canada en tant que plateforme d’exportation pour des systèmes AEW;
- renforcer la souveraineté technologique et industrielle.
Les montants engagés — de plusieurs milliards de dollars sur l’ensemble du cycle de vie — doivent ainsi être compris comme un investissement structurant plutôt qu’une simple dépense opérationnelle.
Dépendance stratégique, choix d’approvisionnement et trajectoire industrielle du Canada
Cette section approfondit l’analyse critique des choix d’approvisionnement du Canada en matière de défense, afin de mettre en lumière leurs effets structurants sur l’écosystème industriel national, la souveraineté technologique et la capacité d’innovation à long terme. L’objectif n’est pas de formuler un jugement politique, mais de proposer une lecture analytique des trajectoires observables.
Une politique peu orientée vers la souveraineté industrielle
Comparativement à plusieurs pays industrialisés disposant d’une base technologique avancée (France, Suède, Israël, Corée du Sud), le Canada s’est rarement doté d’une doctrine explicite visant à utiliser l’approvisionnement de défense comme outil de politique industrielle, et ce, malgré les lois existantes allant dans ce sens. Dans ces pays, les achats militaires sont souvent pensés comme des instruments permettant simultanément :
- d’assurer la sécurité nationale;
- de structurer un tissu industriel stratégique;
- de soutenir l’innovation domestique.
Au Canada, la logique dominante a longtemps été différente. Les décisions d’acquisition ont généralement privilégié les critères de performance opérationnelle immédiate et d’interopérabilité avec les alliés, en particulier les États-Unis, au détriment d’une réflexion stratégique à long terme sur les capacités industrielles nationales. Cette orientation s’explique en partie par l’intégration profonde du Canada dans les architectures de défense nord-américaines (NORAD, OTAN), mais aussi par une tradition politique relativement prudente à l’égard de toute forme explicite de politique industrielle.
La dépendance envers les États-Unis comme contrainte systémique
La relation stratégique asymétrique entre le Canada et les États-Unis constitue un facteur explicatif central. Dans de nombreux programmes, l’alignement avec les choix technologiques américains devient un impératif implicite, réduisant ainsi la marge de manœuvre du gouvernement canadien. Cette dynamique crée une forme de dépendance structurelle : plus les systèmes sont intégrés aux chaînes américaines, plus il devient difficile, par la suite, de développer des alternatives nationales.
Cette dépendance a des conséquences économiques et industrielles concrètes. Elle limite la capacité des entreprises canadiennes à jouer un rôle de maître d’œuvre dans des systèmes complexes, réduit l’apprentissage organisationnel sur des programmes de grande envergure et concentre la valeur ajoutée stratégique (architecture système, propriété intellectuelle, évolution technologique) à l’extérieur du pays.
Le cas du P-8A Poseidon : une occasion manquée
L’acquisition des avions de patrouille maritime P-8A Poseidon constitue un exemple emblématique de cette dynamique. Sans remettre en cause les qualités opérationnelles de l’appareil, il est pertinent d’analyser cette décision sous l’angle de la politique industrielle.
Le choix d’une plateforme américaine, basée sur une architecture ancienne (le Boeing 737), a conduit à un transfert limité de compétences stratégiques vers l’industrie canadienne, alors qu’une solution alternative fondée sur une plateforme canadienne moderne proposée par Bombardier aurait pu générer des retombées structurantes plus importantes.
Du point de vue de l’économie de l’innovation, ce type de décision contribue à maintenir le Canada dans une position de sous-traitant avancé plutôt que de concepteur-intégrateur de systèmes complexes. Or, ce sont précisément les fonctions de conception, d’architecture et d’intégration qui concentrent la valeur stratégique et la capacité d’apprentissage à long terme.
Approvisionnement et trajectoire technologique : un choix cumulatif
Les travaux en économie évolutionniste montrent que les trajectoires technologiques sont fortement dépendantes des choix initiaux (path dependence). En matière de défense, chaque programme majeur contribue à structurer les compétences, les infrastructures, les réseaux d’acteurs et les routines organisationnelles pendant plusieurs décennies.
Ainsi, un programme comme l’AEW ne doit pas être envisagé uniquement comme un achat ponctuel de capacité, mais comme un investissement structurant dans une trajectoire industrielle. Choisir une plateforme nationale crédible permet non seulement de maximiser les retombées immédiates, mais aussi de créer des capacités d’apprentissage cumulatives susceptibles de soutenir d’autres programmes futurs (ISR, SIGINT, plateformes multi-missions, systèmes autonomes, etc.).
La souveraineté technologique à l’ère des systèmes complexes
Dans un contexte où les systèmes de défense deviennent de plus en plus dépendants des logiciels, de l’intelligence artificielle, des capteurs avancés et des architectures de données, la souveraineté ne repose plus uniquement sur la possession physique d’équipements, mais sur la maîtrise de leurs briques technologiques clés.
Un pays qui ne contrôle pas l’architecture de ses systèmes, l’accès aux codes, la capacité d’évolution logicielle et l’intégration de nouveaux capteurs devient progressivement dépendant de ses fournisseurs pour faire évoluer ses propres capacités militaires. La souveraineté opérationnelle devient alors conditionnelle à la souveraineté technologique.
Dans ce contexte, les choix d’approvisionnement prennent une dimension stratégique nouvelle : ils déterminent non seulement qui fabrique l’équipement, mais qui contrôle l’intelligence du système sur l’ensemble de son cycle de vie.
Le programme AEW comme point d’inflexion stratégique potentiel
Le programme AEW canadien constitue, à cet égard, une opportunité exceptionnelle. Contrairement à de nombreux programmes antérieurs, le Canada dispose ici d’une plateforme nationale crédible, reconnue internationalement et déjà intégrée dans des capacités militaires avancées chez plusieurs alliés.
Opter pour une solution structurée autour du Global 6500 permettrait :
- de consolider durablement un noyau de compétences en intégration de systèmes complexes au Canada;
- de renforcer l’écosystème d’innovation autour de l’aéronautique avancée;
- d’accroître la capacité d’exportation de solutions à haute valeur ajoutée;
- de positionner le Canada non pas seulement comme fournisseur, mais comme architecte de capacités stratégiques.
À l’inverse, un choix reproduisant les logiques passées de dépendance risquerait de renforcer encore la marginalisation du Canada dans les segments stratégiques de la chaîne de valeur mondiale.

Redéfinition du rôle de l’État canadien comme stratège industriel
L’analyse suggère que l’enjeu dépasse le seul programme AEW. Il interroge plus largement le rôle que l’État canadien souhaite jouer dans la structuration de ses secteurs stratégiques. Loin d’être une anomalie, l’usage stratégique de l’approvisionnement public comme levier industriel constitue aujourd’hui une pratique assumée par de nombreuses économies avancées.
Dans cette perspective, le programme AEW pourrait servir de laboratoire pour une évolution plus fondamentale de la doctrine canadienne d’approvisionnement : partant d’une logique principalement gestionnaire vers une logique véritablement stratégique, articulant sécurité, innovation et développement économique.
Coopération internationale, capacité d’absorption et intérêt national
L’analyse des choix d’approvisionnement ne saurait conduire à une vision binaire opposant souveraineté nationale et coopération internationale. En matière de défense, ces deux dimensions ne sont pas antinomiques : elles doivent au contraire être pensées de manière complémentaire. La recherche de souveraineté technologique ne signifie pas l’autarcie, mais la capacité de choisir ses partenaires, de maîtriser les composantes clés et de préserver une autonomie de décision à long terme.
Dans ce contexte, il serait réducteur d’interpréter les choix stratégiques comme une alternative exclusive entre les États-Unis et l’Europe. Les dynamiques actuelles des marchés de défense montrent au contraire que les programmes sont de plus en plus multinationaux, fondés sur des partenariats industriels complexes, et que les États capables de tirer parti de cette configuration sont ceux qui savent articuler coopération et intérêt national.
Par ailleurs, le contexte budgétaire contemporain modifie profondément les termes du débat. Les hausses significatives des budgets de défense observées depuis la fin des années 2010 ne créent pas un environnement de rareté financière, mais plutôt un défi de capacité d’absorption. Dans plusieurs pays, y compris au Canada, des milliards de dollars annoncés n’ont pas été dépensés entre 2018 et 2023, en raison de contraintes administratives, de limites organisationnelles et de l’indisponibilité de certaines technologies matures. Le problème n’est donc pas tant celui d’un arbitrage budgétaire strict entre partenaires que celui de la capacité à concevoir, structurer et mettre en œuvre des programmes cohérents.
Dans ce contexte, renforcer les collaborations internationales apparaît non seulement compatible avec la souveraineté, mais souvent nécessaire pour atteindre les objectifs nationaux. L’enjeu pour le Canada consiste à sortir d’une logique de dépendance subie pour entrer dans une logique de coopération choisie.
Cela implique d’identifier clairement les domaines où le pays souhaite développer ou préserver des capacités critiques, et de construire des partenariats — qu’ils soient nord-américains, européens ou autres — qui servent ces objectifs plutôt que de les contraindre.
Appliquée au programme AEW, cette logique suggère qu’un choix de plateforme nationale peut tout à fait s’accompagner de coopérations internationales sur les capteurs, les systèmes de mission, l’interopérabilité ou la formation, sans compromettre l’intérêt national. La véritable question n’est donc pas celle du choix entre partenaires, mais celle de la capacité du Canada à définir une stratégie claire et à utiliser la coopération comme un levier au service de cette stratégie.
En conclusion
Cet article montre que les dépenses de défense, loin de constituer uniquement un poste budgétaire lié à la sécurité, peuvent devenir un puissant levier de structuration industrielle lorsqu’elles sont intégrées dans une vision stratégique cohérente.
Le cas de l’aéronautique canadienne et de la plateforme Bombardier Global 6500 illustre de manière convaincante comment un programme de défense peut simultanément renforcer la souveraineté, soutenir l’innovation et consolider la compétitivité économique du pays.
Les choix d’approvisionnement ne consistent donc pas seulement à acquérir des capacités militaires : ils reviennent, plus fondamentalement, à investir dans l’avenir productif et technologique d’une nation.
Références
Dunne, J. P., & Sköns, E. (2011). Military expenditure and development. In J. P. Dunne & R. M. Smith (Eds.), Routledge handbook of defence studies (pp. 293-308). Routledge.
Edler, J., & Georghiou, L. (2007). Public procurement and innovation—Resurrecting the demand side. Research Policy, 36(7), 949-963.
Hartley, K. (2011). The economics of defence policy. Routledge.
Hoyle, C. (2025). Why military conversions are big business for executive jet producers. FlightGlobal.
Mazzucato, M. (2013). The entrepreneurial state: Debunking public vs. private sector myths. Anthem Press.
Ruttan, V. W. (2006). Is war necessary for economic growth? Military procurement and technology development. Oxford University Press.
Yin, R. K. (2018). Case study research and applications: Design and methods (6th ed.). Sage.




